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 Anwenn Sklerijenn

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Anwenn Sklerijenn



Je suis un voyageur sur
Mythologia... j'en ai de la chance!


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Carnet de voyage
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MessageSujet: Anwenn Sklerijenn   Lun 11 Oct - 14:30
Exilateur
......est ma fonction


    Nom:Anwenn
    Prénom:Sklerijenn
    surnom:Anwû
    Race:Elfe des volcans
    Age:56 ans
    Classe: La flamme bleue
    Elément: Eau

    Titre:Cerbère


    Histoire Générale
    :Aussi loin que je m'en souvienne, il me semble n'avoir jamais eu que la mer pour horizon. Je suis née sur la mer, et c'est sans doute elle qui m'engloutira lorsque mon heure sera venue. J'ai eu une vie dure et bien remplie, je ne regrette rien de ce que j'ai fait. Je ne regrette que lui...

    ~°~
    « Eh là ! Regarde où tu vas gamine ! Ou je te jette par-dessus bord, moi ! »

    Anwenn éclata de rire, filant entre les jambes du grand marin qui poussa un soupir exaspéré.

    « Mais qu'on l'enferme, elle va nous faire chavirer le navire à elle seule ! »

    Des rires fusèrent d'un peu partout, tandis qu'une femme de bon gabarit interceptait la petite Anwenn, faisant mine d'être en colère. Ses grands bras se refermèrent autour de l'enfant, et empêcha ainsi les mouvements brusques que faisaient la petite pour tenter de s'échapper.

    « Allez, au travail vous autres ! Ne restez pas plantés là comme des idiots, faites moi briller ce rafiot ! »

    « Rafiot ? Est-ce mon beau navire que tu traites ainsi la Mama ? »

    Melièn Lle'haelyn, le capitaine, attiré par les rires et les cris de Anwenn était apparu sur le pont, son éternelle pipe à la main. C'était un homme qui frôlait la cinquantaine, mais encore tout frétillant, dont le visage parcheminé par le sel, le vent et le soleil lui donnait l'air d'un vieil homme. Impression accentuée par sa chevelure blonde très pâle, presque blanche et sa démarche légèrement voûtée. Il était respecté et aimé par son équipage. C'était un homme simple, bon et loyal, qui aimait la mer plus que sa femme. Il entretenait des liens étroits avec ses hommes, et connaissait les mers de Ketashar comme sa poche, mis à part le vaste Océan Dévoreur qui l'effrayait. Il était pirate, mais pas trop. Les navires pillés étaient rares, et la plupart du temps il s'agissait d'autres navires pirates revenants pleins à craquer de butins divers.

    Quant à la Mama, son vrai nom était Elovewìn. Ancienne tenancière d'une auberge sur la côte de Ketashar où le navire et son équipage avaient séjourné quelque temps, elle s'était embarquée sur le vaisseau pour une raison plus ou moins inconnue jusqu'à la naissance de Anwenn. Plutôt belle femme, sa magnifique chevelure de jais faisait bien des envieuses. Elle était d'assez forte carrure, et sa peau joliment brunie par le soleil. Les marins la respectaient, non pas parce qu'elle était l'amante de leur capitaine, mais parce que son autorité et son sang froid les avaient plus d'une fois sauvés d'une mauvaise passe.
    Son amour envers le plus tout jeune Melièn étonnait certains, amusait ou dégoûtait d'autres. En effet, beaucoup se demandait comment une femme jeune et belle comme Elovewìn pouvait aimer cet homme usé et dont le seul véritable amour était la mer. Mais ceci est une autre histoire.



    ~°~
    Anwenn, la turbulente enfant est née en plein hiver, le troisième jour de la saison d'Ahriman exactement, en pleine mer. Un jour de tempête qui plus est...Certains prétendirent que le caractère de la jeune fille était due à cette tempête qui secoua le navire pendant cinq bons jours. Mais le fier vaisseau, nommé le Draezek, tenait bien la mer, et sa figure de proue aux allures de gargouille brisait les vagues avec une indifférence relevant de l'inconscience.

    « Eh ! Le Fennec ! On a un problème ! »

    « Quoi ? Que se passe-t-il ? »

    « La Mama ! Elle a perdu...perdu les... »

    « Elovewìn a perdu les eaux ? »

    « Oui, oui ! C'est ça ! »

    « Par Yémanja ! Et c'est seulement maintenant qu'on réalise que j'existe ? »

    « Vas-y vite ! On va pas s'en sortir sinon ! »

    La Fennec jura, et s'engouffra dans la cale. Le Fennec était la seule personne possédant des connaissances en médecine à bord. Il s'occupait des malades et des blessés, mais se révélait aussi être un compagnon loyal et toujours présent lorsqu'il le fallait. Ce n'était pas vraiment un marin, mais après avoir eu quelques ennuis avec des clients insatisfaits, il s'était engagé sur le premier navire venu. Personne ne connaissait son vrai nom, il avait tenu à rester dans l'anonymat et ses compagnons l'appelaient le Fennec en raison de ses grandes oreilles et de son nez pointu.
    L'ancien médecin, guidé par l'agitation, trouva rapidement l'endroit où des membres de l'équipage affolés avaient tenté de répondre aux exigences de la Mama. Il grogna, chassant les matelots et prétendant qu'il avait besoin de calme.

    « Allez ! Allez ! Foutez-moi le camp ! Laissez-nous en paix ou le bébé -s'il arrive à sortir avec ce tas de mouches collé à sa mère- ne pourra jamais prendre sa première inspiration ! »

    D'un geste impatient, il fit partir les derniers marins, et se retourna vers la silhouette de la jeune femme. Avec un sourire, il retroussa ses manches et commença à préparer son matériel.

    « Bon...Elle sort cette canaille ? »



    ~°~
    « Ce sera Silien ! »

    « Non, nous avions décidé Ilvelyn ! »

    « C'est faux ! Il y a deux jours, tu m'as dit que Silien te convenait tout aussi bien que Ilvelyn ! »

    « Menteur ! Je n'ai jamais lâché l'affaire ! Ce sera Ilvelyn ! »

    La Mama tourna brusquement le dos au capitaine, et caressa un instant la joue de sa fille nouvelle-née qui piaillait à qui mieux-mieux. Le Fennec était reparti, laissant les nouveaux parents et leur enfant dans l'intimité.

    « Bon. Et bien, si tu ne veux pas reconnaître que Silien est cent fois plus joli que Ilvelyn, je propose que ce soit l'équipage qui donne un nom à notre fille. »

    « Comment ? Mais, enfin, c'est justement notre fille ! On ne va pas demander à...D'accord, c'est bon, j'ai compris. Mes Dieux ! Qu'ai-je fait pour tomber sur un homme comme celui-là ? Et pour la dernière fois : éteins cette pipe ! »

    La jeune maman soupira, et prit le bébé dans ses bras. Melièn lui jeta un regard triomphal, et la suivit sur le pont, un sourire malicieux accroché à ses lèvres et faisant tourner sa pipe entre ses doigts.

    Dehors, le soleil brillait de mille feux, et l'on aurait pu croire qu'aucune tempête n'était passée par là. Un léger vent chassait les nuages, et les cris des oiseaux de mer retentissaient dans l'air frais du matin. Parfois, une vague égarée venait se fracasser contre le navire, projetant une fine pluie d'embruns sur le pont. Les marins, rassurés par le temps calme, prenaient une pause en écoutant Meneldor qui jouait un air doux et joyeux à la flute.
    À l'arrivée du capitaine, tous le saluèrent, mais leur attention se porta vite sur la petite chose entourée de linges blancs que tenait dans ses bras Elovewìn. Melièn alluma sa pipe et se plaça devant le reste de l'équipage, détaillant le visage de chacun d'entre eux. Après un long silence, le capitaine prit la parole.

    « Bien. Devant la mauvaise foi dont fait preuve la Mama ici présente (il ponctua sa phrase d'un clin d'œil vers l'intéressée), j'ai décidé de vous demander de choisir un nom pour la petite. Oui, vous, car la Mama ne reconnaîtra jamais qu'elle a tort et que j'ai raison. Donc, allez-y, mettez-vous d'accord. »

    Les discussions durèrent une bonne partie de la matinée, mais finalement, les marins optèrent pour Anwenn.

    « Anwenn ? C'est original...Qu'en penses-tu la Mama ? »

    « Que c'est aux marins de décider. »

    Cette réponse arracha un grognement au capitaine.

    « Bon...Allons-y pour Anwenn alors ! Mais, comment avez-vous trouvé ce prénom ? »

    L'un des gars s'avança.

    « C'est dans une chanson de Meneldor, l'héroïne se nomme Anwenn. C'est la première qu'il nous a chanté quand il est arrivé. On trouvait l'histoire belle, alors, on s'est décidé pour ce prénom. Vas-y Meneldor...Chante-là pour le capitaine et la petite. »

    « Je ne pense pas le pouvoir, il y a bien longtemps que je ne l'ai plus chantée, et il me serait bien difficile de mettre des mots sur les notes. Néanmoins, cette vieille histoire raconte le destin d'une jeune orpheline, abandonnée sur les routes. »

    Le dénommé Meneldor se détacha du groupe, et, bloquant derrière son oreille une longue mèche noire, il entreprit de faire le résumé de l'histoire qui avait donné son nom à Anwenn.

    « Or, passait par là un vieil homme sans âge, qu'on nommait le Prophète. Il trouva la jeune fille fort jolie, et décida de la prendre en mariage. Par bateau, ils se rendirent sur la terre de son enfance. La mer grondait, et le vieil homme priait sans relâche les Dieux pour éviter la tempête. Malheureusement, les Dieux n'écoutèrent pas le Prophète, et les flots déchaînèrent leur colère durant sept jours et sept nuits. Malgré tous les efforts des marins, le navire fut emporté par le courant et les vagues, et finit par se briser contre des écueils, non loin de la terre. Le vieillard et la jeune fille étaient les seuls survivants, mais la tempête frappait sans cesse les rochers sur lesquels ils avaient trouvé refuge. Le Prophète, blessé et agonisant, ne voulait plus qu'une chose : connaître le nom de cette jeune fille. Mais l'enfant enlevée contre son gré secoua la tête en signe de négation et disparut dans la tourmente de la tempête, abandonnant le Prophète à son sort. Bien des années plus tard, la jeune fille devenue femme refit subitement son apparition sur les routes, suivant les mêmes chemins que le Prophète avant elle. Parfois, on lui demandait son nom. Et alors, la jeune femme secouait la tête, et répondait dans un murmure étrange qui rappelait le sifflement du vent et le bruit des vagues les jours de tempête : "Je ne suis que Anwenn, la fille de la tempête." »


    Il y eut quelques applaudissements, et La Mama caressa le visage de sa fille avec tendresse.

    « Bon, tu as un nom maintenant ma petite. Anwenn, fille de la tempête ! »



    ~°~
    Une enfance facile, du moins en apparence. Anwenn était heureuse parmi les siens, elle s'émerveillait de la mer et des grandes possibilités qui lui étaient offertes. La mer était son foyer, plus encore que le Draezek et la cabine de son père. Mais ce qui lui plaisait le plus, c'était de sentir la tension et le frisson de la peur courir le long de sa colonne vertébrale lorsque le vent redoublait d'intensité et que les vagues s'abattaient avec violence sur le pont, provoquant l'effervescence chez les marins. Comme ce jour où elle faillit perdre la vie en raison de son inconscience.

    La mer était déchaînée comme jamais. On avait du ramener les voiles sous peine de les voir déchirer par le vent. Le navire était assailli de tous les côtés, les vagues se succédaient sans jamais s'arrêter, malmenant les matelots qui s'efforçaient d'écoper. La pluie elle-aussi était de la partie, noyant encore plus le Draezek sous un déluge d'eau douce et salée mélangées. La seule lumière provenait des rares éclairs qui zébraient le ciel d'un horizon à l'autre, illuminant le temps d'un instant la tourmente. Le tonnerre et le fracas des vagues couvraient les cris et les ordres qui fusaient de part et d'autre du fier navire.
    Courant en riant au milieu de ce chaos, Anwenn évitait les gerbes d'eau projetés par les vagues et les objets divers détachés par le fort tangage et la force des lames. Ses cheveux trempés lui tombaient devant les yeux, mais, alors âgée de douze ans, elle avait développé une certaine agilité. Par moment, ses pieds nus glissaient sur le bois détrempé et elle devait alors se relever le plus rapidement avant de se faire emporter par les vagues. Excitée par le danger que représentait cette tempête pour une jeune fille de son âge, ses jambes accéléraient de plus en plus, ignorant les risques.

    D'un bond, elle s'agrippa au mât de toute la force de ses bras. Elle grimpa prestement jusqu'au nid-de-pie, débordante de joie et de peur mêlées. Là-haut, elle sentait beaucoup plus fort les mouvements du navire, qui faisait craquer le bois du mât. Le vent agitait ses cheveux mouillés,et ses habits claquaient sur sa peau. La mer était impressionnante à voir. Un succession de collines et de vallées à perte de vue, le tout agrémenté de pluie, de vent et d'orage. Mais la pluie cessa subitement, et, levant les yeux au ciel, elle put apercevoir que les nuages noirs brillaient de la lueur des éclairs. Elle cligna plusieurs fois des yeux, sans songer à descendre de cet endroit bien trop élevé.
    Que lui avait-on dit ? Que lorsque la pluie cessait, l'orage redoublait. Et que lorsque l'orage redoublait, il ne fallait surtout pas se trouver en hauteur. Son cœur manqua un battement. Anwenn voulut quitter la vigie, mais elle se trouvait pétrifiée par le grondement menaçant du tonnerre et par les éclairs qui se rapprochaient de plus en plus du Draezek. Les cris de l'équipage lui semblaient lointains. Il n'y avait plus qu'elle face à la violence des éléments, fétu de paille au milieu de la tourmente. Dans cet instant calme et irréel qui précède les batailles, la jeune fille se sentit détachée de la réalité. Puis, le fracas d'un éclair la rappela à l'instant présent, et tout la submergea à nouveau. Les cris, l'urgence de la situation. Instinctivement, elle se boucha les oreilles, et ferma les yeux. Ce fut une erreur de plus, un éclair déchira le ciel et vint s'abattre dans la mer, à quelques mètres d'elle. Le choc et la surprise la déstabilisèrent, et, suite à une vague plus violente que les autres qui acheva de lui faire perdre l'équilibre, Anwenn tomba.

    Quel silence, soudain. Elle avait l'impression de tomber si lentement au milieu de l'agitation de la mer. Ses pensées se mélangeaient et se brouillaient. Allait-elle mourir ? Comment était la mort ? Que penseraient ses parents ? Allait-elle souffrir ? Est-ce que le noir se ferait avant qu'elle ne sente l'eau emplir totalement ses poumons ? Sa tête lui faisait atrocement mal. Elle ferma les yeux, retenant presque sa respirations avant de s'enfoncer dans les eaux tourmentées, avant de s'enfoncer dans l'oubli et les ténèbres silencieuses cachées sous la surface agitée de la mer.
    Elle ne sentit pas le froid de la mer sur sa peau, mais, au contraire, heurta quelque chose de dur. Elle ouvrit les yeux, puis la bouche. Elle était sur le pont ! Elle était sauvée ! Elle prit une profonde inspiration et se reçut une vague en pleine figure. L'eau de mer lui brûla la gorge et le nez, elle se sentit basculer en arrière. Ne pouvant résister à la puissance de la lame, elle glissait petit à petit vers la mer. Ses mains cherchaient désespérément quelque chose à quoi elle pourrait s'accrocher.

    Puis, on la prit fermement par le bras et on la remonta. La tête lui tournait, et elle ne voyait pas distinctement son sauveur. Sa vision se troublait, mais elle sentait qu'on la ramenait au sec. Un soupir de soulagement s'échappa de ses lèvres lorsqu'elle reconnut le délicat parfum de sa mère. Sauvée, elle était sauvée. Ses paupières se fermèrent, et elle sombra dans le sommeil sans tarder.



    ~°~
    « Damnée ! Pauvre idiote ! Bâtarde ! Inconsidéré personnage ! »

    Ce n'était pas ce que l'on pourrait appeler un réveil en douceur. Penchée au-dessus de la couche de sa fille, la Mama s'égosillait, crachant des injures au visage de sa petite fille. Ses yeux étaient rougis, sûrement par les pleurs, et ses traits tirés montraient qu'elle avait veillé sa fille plus d'une nuit. Anwenn, le corps encore endolori, ouvrit les yeux, et tenta lentement de se redresser. Elovewìn la recoucha en grognant qu'elle ne devait pas bouger, puis recommença à faire pleuvoir les insultes sur sa fille.

    « Oh là ! Oh là ! On se calme ! Elle a besoin de repos, la petite, et surtout pas de ce genre de paroles. »

    « De repos ? Tu te moques de moi, le Fennec ? Elle a dormi presque trois jours ! »

    « J'aimerais bien vous y voir, vous, après être tombée du nid-de-pie et failli être noyée sous les vagues. »

    « Ah ! Mais quelle idiote elle fait ! Quelle idée de monter là-haut en pleine tempête ! »

    « C'est une enfant... »

    Pour toute réponse, la Mama grogna une phrase inaudible, et sortit de la cabine en grinçant des dents. Le Fennec leva les yeux au ciel, rigola, et se retourna vers la frêle silhouette de Anwenn. Cette dernière s'adressa à l'ancien médecin d'une voix faible.

    « Que...Que s'est-il passé ? »

    « Eh ben ! On peut dire que tu nous a fichu une sacrée frousse ! Monter toute seule à la vigie, en pleine tempête avec des éclairs qui menaçaient à tout instant de s'abattre sur le mât ! Tu es une vraie petite folle, Anwenn. Puis là, tu es tombée. À cause d'un éclair ou de je ne sais quoi, mais tu es tombée. Personne ne l'a remarqué ! Et ensuite, tu as failli te faire emporter dans la mer par une vague. Mais là encore, tu as eu beaucoup de chance. Un marin passait par là, il t'a vue, t'a reconnue, et t'a sauvé la vie. Je peux te dire que la Mama nous a passé un de ces savons. Si tu demandes à certains, ils vont te dire que c'était encore pire que la tempête ! Enfin, bref. Le plus important c'est que tu sois en vie, hein ? »

    « Oui, oui...J'ai mal, le Fennec. Est-ce que j'ai quelque chose de cassé ? »

    « Non, fort heureusement, tu as juste une petite entorse au poignet. Rien de grave. Mais tu risques d'avoir pas mal d'hématomes. La vague s'est bien amusée à te malmener contre tous les objets solides que tu rencontrais. Ah, et tu as une petite coupure à l'épaule. Rien de grave, encore une fois. »

    Anwenn tâta son épaule à la recherche de ladite coupure, et rencontra des points de suture. Allons bon, ce n'était pas qu'une petite coupure. Elle sentit des larmes lui brouiller les yeux, et les essuya d'un geste impatient.

    ** Voilà, maintenant tu vas avoir une cicatrice. Comme les vrais adultes durs à cuire. Tu pourras la montrer aux marins, en leur disant : « Regardez ! Moi aussi j'en ai une ! Je suis une vraie pirate, maintenant ! » **

    Elle ferma de nouveau les yeux, et se sentit glisser dans les bras de Morphée.



    ~°~
    Les années ont passé, Anwenn a grandi et son caractère s'est affirmé. Âgée de seize ans, elle avait fait le tour des mers autours de la cité d'Arkados en compagnie de son père et de l'équipage. Melièn commençait à lui apprendre en détail le fonctionnement d'un navire, et la jeune fille était impatiente d'avoir son propre vaisseau. L'équipage n'avait pas beaucoup changé. Seul le Fennec était mort, emporté lors d'une tempête. Ce fut une grande perte, le seul médecin du bord n'était plus et il était de plus en plus dangereux de se blesser ou de tomber malade. Anwenn avait appris à lire les cartes et à se repérer grâce à au soleil et aux étoiles, à se battre aussi. Une étroite complicité liait le capitaine du Draezek à sa fille, qui la voyait déjà prendre sa place lorsque le jour viendrait. Elovewìn, elle, aurait préféré que Anwenn fasse un métier plus noble que celui de pirate, mais la décision de la jeune fille était prise depuis longtemps. Elle remplacerait un jour son père à la tête du Draezek. Et elle faisait tout pour en être digne. Elle entretenait le navire avec soin, exécutait sans broncher les ordres de son père et participait aux manœuvres avec les matelots. Elle se voyait déjà, l'épée au poing, commandant une troupe de pirates déchaînés et attaquant les vaisseaux marchands.
    Il était temps pour elle de faire ses preuves.

    Quelques mois déjà que le fier navire n'avait pas touché terre, et les provisions s'amenuisaient de façon alarmante. Les hommes étaient de mauvaise humeur, condamnés à manger les quelques biscuits secs et les poissons qu'ils arrivaient miraculeusement à pêcher. La pluie, qui n'était pas tombée depuis dix jours, ne suffisait pas à renouveler le stock d'eau et le précieux liquide venait lui aussi à manquer.
    On voyait Melièn passer, les traits tirés, fumant comme jamais, grommelant dans sa barbe de vieilles injures. La Mama observait tout ce monde d'un air anxieux, et parlait souvent à voix basse avec sa fille. Anwenn savait que faire, encore fallait-il qu'un autre navire arrive à leur portée. Piller était la dernière chose à faire pour le capitaine, mais, devant les regards noirs de son équipage, il fut obligé d'accepter l'idée de Anwenn. Celle-ci était impatiente de prendre enfin les armes, et elle passa plusieurs journées à donner des coups dans le vide et à faire briller sa lame.

    Puis, enfin, un matin, alors que la situation empirait vraiment, l'homme posté à la vigie poussa un cri de joie. Un navire, quel qu'il soit, venait d'apparaître à l'horizon. Les marins retrouvèrent leur énergie et s'affairèrent sur le Draezek. Pour la première fois de sa vie, Anwenn fut autorisée à prendre la place du barreur, sous la surveillance de Meneldor qui occupait d'habitude ce rôle. Guidée par Melièn et Meneldor, elle dirigea le Draezek vers la malheureuse victime.
    Le vent était plutôt faible, aussi ce n'est qu'au milieu de l'après-midi qu'ils arrivèrent bien en vue de l'autre navire. Ce n'était ni un navire marchand, ni un navire de guerre. Peut-être n'était-ce qu'une navette entre les îles et Ketashar, mais cela suffisait largement. Vue de loin le Draezek ne ressemblait vraiment à l'idée que l'on pouvait se faire des navires pirates. Un atout, car les victimes ne se méfiaient pas. Ce n'est qu'en voyant l'équipage que l'on comprenait à qui l'on avait affaire, et pour le moment, ils étaient trop loin pour qu'on puisse distinguer les marins.

    Une soudaine effervescence s'empara des pirates. Seuls Anwenn, Melièn et Meneldor, calmes et concentrés continuaient de guider le Draezek jusqu'à sa proie. Le navire filait assez rapidement sur l'eau, et se retrouva rapidement côte à côte avec l'autre navire. Grossièrement gravé sur la proue du bateau était écrit son nom : « La Voyageuse ». Un homme d'âge mur, aux cheveux roux en bataille fit son apparition et considéra le Draezek et son équipage en souriant de toutes ses dents. Quand il eut fini son inspection, il se présenta d'une voix forte.

    « Holà ! Bien le bonjour par ici ! Je suis Haen M'nik ! Capitaine de cette magnifique Voyageuse ! Qui êtes-vous ? Puis-je vous aider ? »

    Melièn quitta la barre pour s'approcher du capitaine roux. Il tira longuement sur sa pipe en regardant d'un œil critique le navire et ce qu'il voyait de son équipage. Avec un sourire crispé, il fit sortir de la fumée par ses narines.

    « Bien le bonjour à vous aussi. Je me prénomme Melièn Lle'haelyn, capitaine du Draezek, pour vous servir. Nous aider, effectivement, cela est possible. »

    Après avoir longuement observé les marins de la Voyageuse, il poussa un profond soupir. Des jeunots, inexpérimentés de toute évidence. Armés pour faire bonne figure, mais sûrement pas imbattables. Il se retourna, et adressa un clin d'œil à Anwenn. La jeune fille avait dégainé son sabre, et ses yeux brillaient d'une ardeur belliqueuse.

    « Enchanté, capitaine Lle'haelyn ! En quoi j'peux vous être utile ? »

    D'un air innocent, Melièn sortit son épée de son fourreau et éteignit sa pipe.

    « Voyez-vous. Nous sommes des pirates, et nous avons prévu de piller votre navire. Oh, ne vous inquiétez pas. Il n'y aura pas de morts si vous consentez à nous donner vos biens, en particulier vos réserves de nourriture. Bon, il est trop tard pour fuir, hein ? Alors n'essayez même pas ou votre jolie tête roulera à mes pieds en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. »

    Il y eut pas mal de rires, et, comme pour appuyer les paroles de leur capitaine, les pirates dégainèrent tour à tour leurs armes, affichant volontairement un sourire carnassier. Le dénommé Haen perdit immédiatement son air joyeux et avenant. Ses mains tremblaient, et il observa les membres du Draezek, effrayé.

    « Je...Je...Vous ? Vous...Enfin, d'accord. Je n'ai...pas...pas grand chose à donner...Mais...mais...prenez, prenez ! Mais, pitié ! Pitié ! Ne nous faites pas de mal ! »

    Anwenn courut jusqu'à son père, ses cheveux flottant au vent comme une bannière. Son sabre reflétait la lumière déclinante du soleil, et elle lui attrapa la main. La jeune fille plongea son regard de velours dans celui céruléen de Melièn. Elle approcha son visage du sien, et lui chuchota à l'oreille des paroles inaudibles pour le reste de l'équipage.

    « Attaquons-les. Père, je t'en prie...J'attends ce jour depuis tellement longtemps. Allez, on ne risque rien contre cette bande de bons à rien. »

    Le capitaine repoussa sa fille, lui adressant un regard plein de reproches. Il ne dit rien, mais Anwenn comprit le message. Ils n'attaqueraient pas, car ce n'était pas là le genre de Melièn.

    « Nous ne vous ferons rien, comme convenu. Donnez-nous ce que vous avez et vous repartirez sans dommage. »

    Anwenn poussa un soupir exaspéré, et retourna vivement vers la barre, bousculant quelques pirates au passage. Le capitaine de la Voyageuse donna quelques ordres à son équipage, guère rassuré. Melièn souriait calmement, surveillant les marins de la Voyageuse. Il porta sa pipe à sa bouche, satisfait. Ils avaient eu de la chance de tomber sur ces marins d'eau douce. Melièn doutait que ses pirates eurent été en état de combattre contre des marins expérimentés, et il préférait largement que l'échange se soit fait sans violence. Il risqua un coup d'œil vers sa fille qui affichait un air renfrogné. Cette Anwenn...Quel sacré brin de femme tout de même.

    « Voilà voilà...Je pense que tout y est. »

    « Bien, c'est très bien. Allez ! Repartez avant que je ne change d'avis et que je décide de vous mettre en pièce ! »

    Anwenna assista avec mépris au chargement des denrées. Et ils appelaient cela de la piraterie ? Non, elle ne pouvait pas supporter de voir son père ridiculiser la réputation sanguinaire des pirates. Elle, elle voulait des combats. Elle voulait voler, piller, être crainte par les nobles gens. Pas ressembler à ces moitiés de combattants. Les marins reprirent leurs postes et le navire retourna à son errance maritime. Ce qu'il fallait, c'était qu'elle parte. Qu'elle trouve un autre équipage digne d'être appelé pirate. À la prochaine escale, c'était décidé, elle fausserait compagnie au Draezek.



    ~°~
    L'occasion se présenta presque une année plus tard. Anwenn venait de fêter ses dix-sept ans. Il y avait eu quelques escales durant les huit mois qui suivirent le faux pillage de la Voyageuse, mais elle était sans arrêt surveillée par Melièn qui semblait se douter de quelque chose. Elle avait donc continué à exécuter ses ordres sans broncher, rêvant de l'instant où elle serait libre. Ces mois-ci, elle en apprit le plus possible sur les navires et sur l'art de combattre et préparait ainsi sa folle entreprise.

    C'était un beau jour d'hiver. Le soleil pâle brillait, reflétant ses rayons grisâtres sur la mer calme. Les oiseaux poussaient des cris joyeux, planant au-dessus du port. La température clémente rendait les marins de bonne humeur, et la plupart d'entre eux se rendirent dans l'auberge du port pour y boire un coup. Contrairement à d'habitude, Melièn les suivit, laissant Anwenn seule avec quelques marins restés pour redonner un peu de splendeur au Draezek. L'occasion tant de fois rêvée était arrivée. Ce soir, la jeune fille deviendrait son propre capitaine.
    Profitant de l'inattention des trois ou quatre matelots, Anwenn quitta le navire en sautant discrètement sur le quai, et s'enfuit de toute la vitesse de ses jambes dans les ruelles mal famées de Belridus, le port où ils avaient accosté. La nuit tombait vite, et elle devait trouver rapidement une cachette en attendant le départ du Draezek. La jeune pirate courrait, jetant des regards inquiets derrière elle. Alors qu'elle tournait la tête pour la énième fois, elle percuta de plein fouet quelqu'un et faillit s'écraser par terre à ses pieds.

    Anwenn se frotta la tête en maugréant et lança un regard farouche à la personne qui l'avait stoppée dans sa course. Devant elle se tenait un homme de belle taille, dont les cheveux bruns voletaient devant ses yeux. Il semblait plus surpris que vraiment ennuyé par la jeune fille qui venait de le percuter.

    « Ça va ? Vous ne vous êtes pas fait du mal, j'espère ? »

    « Non, non. Je vais bien, merci. Je suis désolée. Je suis pressée, et je n'ai pas fait attention où j'allais. Maintenant...si ça ne vous dérange pas, je ne suis pas d'ici et je cherche un endroit où je peux me cacher un certain temps. Pourriez-vous me renseigner ? »

    C'était direct, très direct, mais Anwenn n'avait pas le temps de jouer un double-jeu. Elle pria un instant pour qu'il ne lui pose pas de questions sur les raisons de sa fuite et pourquoi cherchait-elle à se cacher. Les yeux couleur émeraude du jeune homme la détaillèrent un long moment, puis, à la surprise de Anwenn, il sourit et ne lui posa aucune question.

    « Si j'étais une jeune fille poursuivie par je ne sais quel danger invisible, je me rendrais à la Taverne des Nautes. Là-bas, vous êtes sûre de ne jamais vous faire trouver par vos poursuivants. Allez, venez, je vais vous montrer. »

    Il lui donna une tape dans le dos, et, d'un geste de la main, l'invita à le suivre. Anwenn hocha la tête, et marcha à sa suite. Les ruelles obscures du port sentaient le sel, le poisson qui n'avait pas vu la mer depuis longtemps et le goudron qui servait pour le calfatage des navires. Des rires épais sortaient des coins sombres, et les quelques personnes qu'ils croisèrent n'avaient pas l'air commode du tout. Malgré cela, la jeune fille se sentait dans son élément. Ces ruelles sentaient le crime et les magouilles à plein nez, pour son plus grand bonheur.
    Quelques minutes plus tard, après avoir tourné maintes et maintes fois si bien qu'elle avait renoncé à mémoriser le chemin, ils arrivèrent devant un bâtiment dont le vieille enseigne qui se balançait avec un grincement sinistre indiquait le nom de la taverne. Les fenêtres sales laissaient passer une faible lueur rougeâtre, et, de l'extérieur, on entendait très peu de bruit. Le jeune homme frappa quatre petits coups à la porte. Une femme petite et replète ouvrit brusquement la porte, vêtue d'une robe autrefois blanche et rapiécée de toute part, elle les regarda en plissant les yeux, et les fit rentrer sans dire un mot.

    À l'intérieur brûlait un bon feu, l'air était empli d'une forte odeur d'alcool, de fumée et de viande grillée. Assis à des tables branlantes et couvertes de taches de graisse, des hommes à la mine sombre et au regard aiguisé observaient les nouveaux arrivants d'un mauvais œil. Anwenn était dans son élément à présent, et ses yeux brillaient d'impatience. Tous ces gens ne se liaient que rarement, lorsqu'un gros coup se préparait. Elle, elle les rassemblerait tous sous le même drapeau, le sien, et ils feraient régner la terreur sur les mers.
    La vieille femme les installa à une table vide, et leur apporta deux chopes de bière. Son guide se mit à l'aise, sortit une pipe de sa poche et s'en occupa un bon moment, tandis que Anwenn bouillait d'en savoir plus sur cette taverne, et ses clients. Enfin, le jeune homme alluma sa pipe, et la regarda d'un air intrigué. Il fit sortir de la fumée par sa bouche,et se pencha vers elle.

    « Alors, bon. Maintenant qu'on est là, vous pouvez me dire qui vous êtes et ce que vous faites dans la Cité des Pirates, non ? »

    Anwenn eut un sourire. Elle passa une main dans ses cheveux, et regarda son interlocuteur avec plus d'attention. Il était grand, plutôt musclé, la peau d'une jolie couleur brune, tout comme ses cheveux mi-longs en bataille. Ses yeux étaient d'une magnifique couleur verte, deux émeraudes sertie au milieu d'un visage aux traits efféminés. Pour le reste, il avait l'air assez musclé, malgré ses vêtements amples. La jeune pirate détourna le regard, contempla un instant le feu, et soupira.

    « Je m'appelle Anwenn. Anwenn Sklerijenn pour être exacte. Ce que je fais dans la Cité des Pirates ? Je fuis. Je fuis mon ancienne vie, je fuis des visages que je ne veux plus revoir. Je compte rester là pas mal de temps, pour faire ce que j'ai envie de faire. »

    Elle reporta son attention sur le jeune homme en face d'elle.

    « Il y a une chose dont je me méfie toujours. C'est de savoir que quelqu'un me connaît, sans pour autant savoir quelle est cette personne. »

    Le jeune homme sourit, tira une nouvelle fois sur sa pipe et s'adossa contre sa chaise.

    « Si vous voulez tout savoir, je suis Nelìhan Mernen. J'ai presque vingt ans, je vis de mes vols et de mes meurtres, je suis au service de ceux qui me payent le mieux. Voilà. Ainsi donc, vous restez ? Je suis sûr que Norwenn se fera un plaisir de vous loger ici. Si vous avez besoin de quelque chose, je ne suis jamais bien loin. »

    « Qui est Norwenn ? »

    « Norwenn, c'est ma tante. La tenancière de la Taverne. »

    « Je n'ai pas d'argent sur moi. »

    « Qui a parlé d'argent ? Il suffit que vous l'aidiez dans le ménage et dans le service. Et vous serez payée, vous. »

    « Vraiment ? »

    Anwenn était vexée, mais elle n'en laissa rien paraître. Si elle devait commencer par jouer les bonniches avant de rassembler les pirates, elle le ferait.

    « Quelle sorte de gens trouve-t-on ici ? »

    « Des pirates, des assassins, des voleurs, des filles de joie. Enfin toutes sortes de mauvaises gens. Le pire, je vais vous dire moi, c'est qu'ils sont tous indépendants, alors les règlements de compte sont nombreux. Vous devriez vous méfier. »

    « N'y a-t-il personne pour les fédérer ? »

    « Les fédérer ? J'avoue ne jamais y avoir pensé. Non, je ne pense pas qu'ils accepteraient de suivre n'importe qui... ou personne. »

    Anwenn vida sa chope, et se leva.

    « Bien. Merci pour votre accueil. Je vais aller voir Norwenn, maintenant. »



    ~°~
    Les mois passèrent, lentement. Anwenn était rentrée au service de Norwenn, mais réfléchissait toujours au moyen de rassembler tout ce beau monde de malfrats. Le Draezek et son équipage était reparti, les recherches n'ayant rien donné. Elovewìn et quelques marins l'avaient longtemps pleurée, seul Melièn restait imperturbable. Lui savait que Anwenn étouffait dans cette routine, et qu'elle avait besoin d'action. Son seul regret était de savoir que cette histoire finirait mal, car la justice finit toujours par rattraper les hors-la-loi. La jeune femme appréciait sa nouvelle vie, elle avait réussi à rallier deux ou trois pirates à sa cause, plus Nelìhan. Rien de bien grandiose, mais, à présent qu'ils étaient cinq, les autres malfrats commençaient à s'intéresser à cet étrange groupe commandé par une jeune et fougueuse femme jusqu'alors inconnue.
    Au bout de six mois de présence dans la cité des Pirates, Anwenn avait réuni une dizaine de pirates, d'assassins et autres rebuts de justice. Elle était connue désormais sous le nom de la Flamme Bleue. L'un des pirates avait mis à sa disposition un navire de belle taille. Un magnifique trois-mâts nommé le Calypso. La jeune pirate tomba tout de suite sous le charme du navire, et décida d'organiser leur première sortie en mer et leur premier pillage. Elle n'avait même pas vingt ans, mais se sentait prête depuis longtemps à commander son propre navire et à organiser ses propres pillages.

    Deux mois suffirent à Anwenn et Nelìhan pour mettre en place leur expédition sur le Calypso. Les pirates étaient impatients de partir en mer sur le superbe vaisseau. Ils étaient au nombre exact de vingt-et-un, dont dix étaient de vrais pirates. ExceptéeAnwenn, tous étaient des hommes. Cela ne la dérangeait pas vraiment, et il faut dire qu'elle tirait une certaine vanité du fait de contrôler tous ces mâles.
    Le temps était clair, le vent favorable faisait doucement onduler les voiles du grand trois-mâts. Tout était prêt pour le départ : des réserves pour un mois en mer, des armes, de l'herbe à pipe et des plantes médicinales en cas de blessures. Anwenn bouillait d'impatience, mais elle s'efforçait de garder son calme pour ne pas commettre d'impairs. Melièn lui avait souvent répété qu'un comportement irréfléchi de la part d'un capitaine pouvait causer plus d'un désastre.

    « C'est bon ? Tout est prêt pour le départ ? »

    Nelìhan, qui fumait tranquillement sa pipe à ses côtés hocha lentement la tête.

    « Je pense que tout est en ordre. On n'attend plus que le Chat. »

    « Bien, bien ! »

    La nouvelle capitaine affichait un grand sourire, et elle courut prestement jusqu'au milieu du pont, tapant du pied en attendant que tous se rassemblent auprès d'elle. Son sabre accroché à sa ceinture, les cheveux ondulant dans la brise du matin, Anwenn se sentait forte et indomptable. Comme la tempête. Le Chat, un jeune homme à la démarche souple et féline qui lui avait donnée son surnom, fit enfin son apparition. L'équipage étant désormais au complet, les amarres furent larguées et, une fois les voiles déployées, le Calypso prit la route du large.

    Anwenn prenait son nouveau rôle à cœur, elle était partout à la fois, donnant des ordres aux marins et tenant la barre. Enfin ! Son rêve se réalisait enfin ! Exaltée par l'air marin et le doux bruissement des vagues, elle sentait l'excitation dans la moindre parcelle de son corps. Elle avait besoin de bouger, de sentir sa lame dans le vent, de se battre. Mais qui savait combien de temps ils resteraient en mer avant de trouver un navire à piller ?
    Deux semaines s'écoulèrent avant qu'ils ne rencontrent une proie potentielle. Le ciel était gris de nuages, mais ce n'était pas des nuages de pluie. Un bon vent d'ouest soufflait, entraînant le Calypso à une vive allure vers l'Océan Dévoreur. Anwenn observait l'autre navire à la longue-vue, il fonçait droit sur eux, et c'était une bonne chose car le vent poussait le Calypso dans la mauvaise direction. À en juger par l'apparence assez riche du bateau, il devait faire partie de la Marine Marchande. Une aubaine pour les pirates, encore fallait-il que les adversaires ne soient pas mieux armés qu'eux. Elle informa Nelìhan de sa découverte, et celui-ci ne semblait pas partager la bonne humeur de Anwenn.

    « Qu'as-tu donc ? »

    « Anwenn...Je ne pense pas que ce soit une bonne idée d'attaquer ce navire. »

    La jeune pirate fronça les sourcils.

    « Pourquoi donc ? »

    « Je ne sais pas. C'est comme un pressentiment. Anwenn, je t'en prie, n'attaquons pas ce navire ! »

    « Allons, ne fais pas l'idiot ! Nous ne risquons rien. Regarde nos hommes ! Ils n'en peuvent plus d'attendre ! Ce qu'il leur faut, c'est de l'action, du sang, des butins ! Si ce navire marchand nous passe sous le nez, ce sera la révolte ! »

    Nelìhan ne semblait pas convaincu, et Anwenn décela une once de tristesse dans ses yeux. Il haussa les épaules d'un air faussement indifférent et s'en retourna dans la cale.

    « Tu fais une grossière erreur, je peux te l'assurer. »

    « Attends ! Nelìhan ! Que se passe-t-il ? »

    Le voleur tourna la tête, et murmura quelque chose qui ressemblait à : "Je t'aurais prévenue."

    Un mille les séparait approximativement de leur victime. Il était trop tard pour faire machine arrière, les marins se préparaient à l'attaque. Elle ne devait pas les décevoir, pas maintenant qu'elle avait réussi à les rassembler. Elle passa en revue les manœuvres d'abordage, et donna l'ordre aux marins de rester calmes et de se rendre à leurs postes. Elle-même laissa la barre au plus jeune de tout l'équipage et courut vers la poupe du navire. Elle regarda le navire d'une taille respectable se rapprocher de plus en plus. Enfin, de longues minutes plus tard, il tenta de doubler le Calypso par la droite. Lorsque les deux navires se retrouvèrent côte à côte, Anwennse recula vers le milieu du navire. Accrochée à un hauban près du grand mât, elle leva son sabre dans la lumière rouge sang du soleil. Un cri franchit ses lèvres, et, d'un même mouvement, les pirates envahirent le pont ennemi. Anwenn affiche un sourire satisfait, et suivit son équipage dans la bataille. Elle ne pensa même pas à Nelìhan qui, lui, était resté sur le Calypso, persuadé que tout cela finirait mal.

    L'équipage marchand était assez conséquent, mais Anwenn ne doutait pas un instant qu'ils en viendraient à bout. Prise dans l'ardeur de la bataille, la Flamme Bleue portait son nom bien mieux que jamais. Un véritable raz-de-marée incontrôlable. Sa lame tourbillonnait, parant et frappant avec force, guidée par son seul instinct. Elle avait appris les techniques de combat, mais, une fois prise dans le feu de l'action, elle oubliait tous les enseignements et ne s'en remettaient qu'à son instinct. Ce n'était pas une qualité, elle le savait, seulement elle ne pouvait pas s'empêcher de laisser ses sentiments prendre le pas sur l'intelligence.
    Elle n'entendait plus rien, ni les cris de joie ni les cris de douleur, seulement le fracas métallique de sa lame contre celles de ses adversaires. Pourtant, un capitaine doit toujours être à l'écoute de ses hommes. C'est ainsi qu'elle n'entendit pas les exclamations de surprise et de peur lorsqu'un deuxième navire surgit de nulle part déversa ses hommes armés sur le pont où se déroulait l'affrontement. Aveuglés par le présent, personne n'avait songé à surveiller les alentours, au cas où un vaisseau allié apparaîtrait. Il était rare que les bateaux de la Marine Marchande se déplacent seuls, justement pour éviter les attaques de pirates.

    Les pirates se trouvèrent vite submerger par le nombre, et se virent contraints d'abandonner la bataille. Anwenn ne voulut pas voir les morts et essaya de se persuader qu'ils n'avaient subi que peu de pertes. La fuite fut ardue, les autres marins semblaient bien déterminés à ne pas les laisser s'échapper. Au bout de quelques minutes, la capitaine du Calypso et quelques uns de ses hommes se retrouvèrent les mains solidement liées par des cordes rêches. Les autres s'étaient jetés à la mer pour tenter de rejoindre le Calypso qui avait dérivé vers l'est, abandonna lâchement leur capitaine à son sort. Un homme au teint plutôt pâle et coiffé d'un tricorne bleu s'approcha des captifs, le sourire aux lèvres.

    « Oh, mais qu'avons-nous là ? La pêche a été bonne on dirait. »

    Il fit quelques pas vers Anwenn et lui prit le menton entre ses doigts. Ses cheveux blancs laissant apparaître ses oreilles à la pointe effilée caractéristiques des être de la forêt lui frôlèrent le visage. Elle ne put s'empêcher de frissonner. Il puait l'argent et la noblesse, et elle détestait cela.

    « Une petite diablesse, hein ? Tu pensais peut-être réussir à piller les navires de Sa Majesté l'Empereur Rodens ? »

    Il acheva sa phrase dans un éclat de rire moqueur. Anwenn darda sur lui un regard aussi tranchant qu'un poignard, et sa mâchoire se crispa. Remarquant le mépris dans les yeux de la pirate, il stoppa son rire et fit glisser ses cheveux d'encre entre ses doigts fins.

    « Belle qualité. Mes hommes s'ennuient...Un peu de distraction ne leur ferait pas de mal. »

    Il prit le poignard de Anwenn et trancha les liens qui la retenaient prisonnière. La jeune fille n'avait pas l'intention de se souiller en parlant à ce nobliau en tenue de marin, et se contenta de le fusiller du regard. À nouveau, il rigola et la prit par la taille avant de la jeter dans les bras d'un autre marin.

    « Cadeau. Les autres, ce n'est que de la vermine à faire disparaître. Qu'on les noie, et proprement. Je ne veux pas tâcher mon navire du sang de gibiers des potence. »

    « Vous ne ferez pas cela ! »

    Le poison de la colère avait envahi les veines de Anwenn. D'un coup de pied bien placé, elle se débarrassa du marin un peu trop entreprenant, et se jeta à la gorge du capitaine en poussant un grognement de rage. Celui-ci, surpris par la réaction de la pirate, se retrouve à terre, se débattant pour la repousser. Les autres ne tardèrent pas à réagir, et, après quelques secondes d'une vaine lutte, Anwenn tremblait de haine, une lame sous la gorge et maintenue fermement par un homme de l'équipage. Le capitaine se releva en se massant le cou, des étincelles de colère dans les yeux.

    « Alors comme ça, on veut jouer à la plus féroce ? Vous la noierez avec les autres ! »

    L'un des hommes la saisit et la mena vers les autres condamnés.

    « Ôte tes sales pattes de là, bâtard ! »

    Anwenn se débattait férocement, griffant, mordant tout ce qui lui tombait sous la main...ou sous les dents. Les marins marchands étaient forts, mais la pirate était animée d'une rage folle. Elle finit tant bien que mal par se débarrasser de son adversaire, et sortit rapidement son sabre pour le tenir devant elle, l'air menaçant.

    « Écoutez-moi bien, sales fils de la noblesse (elle cracha sur le pont en signe de mépris, comme pour se rincer la bouche après avoir prononcé le mot noblesse), le premier qui tente quoi que ce soit, je lui tranche la tête, compris ?! Faites pas les idiots, les gars. »

    Elle ramassa son poignard tombé à terre, et ainsi armée, se déplaça lentement sur le côté, surveillant le moindre mouvement. D'un geste vif, elle détacha les autres pirates, qui se rangèrent derrière leur capitaine. Anwenn tournait la tête pour vérifier leur nombre, lorsqu'un poignard vint se planter dans le dos d'un de ses hommes. Ce fut comme un signal. Les marins de Ketashar sortirent leurs armes, et le combat reprit entre les pirates et leurs adversaires, plus acharné qu'auparavant.
    Anwenn ne fut pas longue à comprendre que la situation était désespérée. Elle retrouva le capitaine du navire, aux prises avec l'un des matelots. À nouveau, elle se rua sur lui, et, au bout de quelques instants, réussit à trancher la chair fine de ses joues. Une fois sa vengeance effectuée, les yeux noyés de larmes, et ignorant la rage du blessé, elle se rendit difficilement jusqu'à la rambarde du navire, et se jeta à la mer en poussant un cri de fureur et de tristesse. Elle percuta l'eau, et exécuta des mouvements désordonnés pour maintenir sa tête à l'air libre. Elle essaya de se souvenir des mouvements enseignés par les marins du Draezek, avant de réaliser que le Calypso avait dérivé de manière alarmante. Elle nagea du mieux qu'elle put, sentant ses forces la quitter à mesure qu'elle se rapprochait de son navire. Les cris des marins marchands résonnaient de manière étrange dans sa tête, elle ne désirait plus qu'une chose, retrouver la sécurité du Calypso. Si toutefois l'on pouvait appeler cela une sécurité. Au prix d'un effort considérable, elle arriva à quelques mètres de son navire, et, agitant désespérément les bras, son équipage put la sauver des eaux. À peine eut-elle posé le pied sur le pont que Anwenn s'évanouit.



    ~°~
    « Anwenn, sois raisonnable pour une fois. Écoute-moi ! Il veut ta peau, c'est clair comme ça ? Il ne te laissera aucun répit. D'après certains voyageurs, il écume les mers des alentours à la recherche du Calypso. Anwenn, pour la dernière fois, écoute-moi ! Tu dois t'en aller d'ici. L'Empire est trop fort pour une poignée de pirates ! Je te l'avais dit, je t'avais prévenue ! Mais tu n'écoutes jamais les conseils. C'est trop dur pour toi, hein ? Qu'on conteste tes ordres, qu'on te prenne pour une femme faible, qu'on te prouve que tu peux avoir tort. Il serait temps d'apprendre à réfléchir. Il serait temps de comprendre que tu n'es qu'une humaine comme les autres, que tu n'as pas tous les pouvoirs. Et plus encore. Que la vie n'est pas un jeu ! Ta vie, mais quel prix lui accordes-tu à la fin ?! Je t'en conjure, Anwenn. Pars ! Pars ! »

    La jeune pirate serra les dents, pliant sous le poids des paroles de Nelìhan. Le pire dans tout cela, c'est qu'elle savait qu'il disait juste. Mais elle n'avait pas envie de le croire, c'était trop dur d'accepter de ressembler à tout le monde, de ne pouvoir vivre ses rêves qu'à la faveur de la nuit, perdue dans les songes. Elle voulait une liberté totale, sans chaînes, où elle pourrait vivre comme bon lui semblerait, et elle tentait en vain de rendre cet espoir réalité, en faisant comme si la justice n'existait pas, comme si elle ne risquait rien, comme si elle était intouchable. Le rêve était fini.
    Elle sentit une boule se former dans sa gorge, et retint à grand peine les larmes qu'elle sentait affluer. Elle laissa s'échapper un cri rageur, donnant un grand coup de poing contre le mur de la taverne des Nautes, ce qui n'eut pour effet que de lui faire encore plus mal. Nelìhan l'observait le plus calmement du monde, ravivant la colère de la jeune femme. Elle détestait recevoir des ordres, et elle haïssait les critiques et les reproches. Il l'avait prévenue, il l'avait prévenue. Certes, mais il ne lui avait rien expliqué de ses pressentiments.

    « Je partirai uniquement si je le souhaite. Qui es-tu pour me dicter ma conduite ? »

    Elle ne pensait pas ses paroles, tout ce qu'elle souhaitait, c'était se montrer plus dure que Nelìhan. Elle souhaitait lui prouver qu'elle ne ressentait rien à la suite de son discours, ce qui était totalement faux, mais elle ne voulait pas avouer qu'il avait raison. C'était tout bonnement impensable. Visiblement, il avait été choqué par la réponse de Anwenn et affichait à présent un air vexé.

    « Qui je suis ? Moi ? Cela fait bientôt trois ans que nous nous sommes rencontrés. Trois ans où je t'ai aidée, guidée, trois ans où je t'ai soutenue, bien souvent dans l'ombre car tu étais trop occupée à soigner ton ego démesuré pour t'apercevoir du mal que je me donnais pour que tu sois heureuse ! J'en ai assez à présent ! Assez que tu te prennes pour une reine, assez que tu considères la cité des Pirates comme ton royaume ! Tu n'es qu'une âme de passage, ici, dans quelques années tu seras oubliée ! Parfaitement, tu m'as bien entendu ! On ne veut plus de toi ! Tous les sbires de ce noble sont à ta recherche, ils viendront ici. Tu ne nous as apporté que des ennuis ! Tu entends ?! DES ENNUIS ! »

    Tout en parlant, Nelìhan s'était levé, le visage crispé par la fureur. Son bras tendu en direction de la porte tremblait, et il regardait la pirate d'un œil noir. Anwenn, elle, n'en pouvait plus de retenir ses larmes. Elle craqua, laissant libre cours à son chagrin mêlé de colère. Secouée de sanglots et persuadée qu'il ne lui pardonnerait jamais de s'être montrée si orgueilleuse, elle sortit en courant dans la rue. Elle s'en voulait de pleurer ainsi, elle se sentait terriblement stupide, mais rien ne semblait pouvoir calmer ses larmes.
    Ses pas la menèrent jusqu'au Calypso. Là, ses larmes se tarirent enfin. Bien, si tout le monde désirait son départ, alors, elle partirait. N'importe où, du moment qu'elle arrive quelque part. L'équipage était beaucoup moins nombreux, certains étaient morts durant la tentative de pillage, d'autres avaient désertés le trois-mâts et son capitaine. Mais tous les présents obéirent à Anwenn, les voiles furent hissées et le Calypso glissa silencieusement sur l'eau du port. De nouveaux horizons à découvrir, cela aurait du la mettre en liesse, malheureusement Anwenn n'éprouvait qu'une profonde tristesse à l'idée de quitter cette cité de Pirates, de quitter le confort de la Taverne des Nautes, de le quitter...lui.

    Elle remua brusquement la tête, stupéfaite de ses sentiments envers Nelìhan. Elle se sermonna intérieurement, et courut à la proue du navire pour observer l'immensité de la mer devant eux. Elle ne savait pas grand chose du monde extérieur, le monde connu pour elle se limitait aux mers alentours. Au-delà, l'Océan Dévoreur, et après, des Royaumes et des Continents dont elle ne savait pratiquement rien. Arkados...Ce nom lui disait quelque chose. Son père lui en parlait souvent, peut-être que c'était un bon endroit où se rendre. Elle fouillerait sa cabine à la recherche d'une carte, puis, en route vers la Capitale.



    ~°~
    ** Qu'est-ce que je fais là ? Ça fait des jours que je marche sans savoir où je vais. Je ne me rappelle de rien. La longue route à travers l'Océan Dévoreur, l'arrivée à Moire, la tempête qui nous y attendait...Puis plus rien. Est-ce possible que...? Non, je ne peux pas croire que le Calypso ait fait naufrage. Il était si fort, si beau. C'était impossible...impossible...impossible... **

    Anwenn se répétait inlassablement ses paroles, parcourant d'un pas morne les sentiers et les routes du Royaume de Moire, dans une sorte de brouillard. Des cris lui revenaient parfois, mais à chaque fois qu'elle tentait de se rappeler avec précision de ces moments flous et indistincts, un féroce bourdonnement lui emplissait le crâne. Elle ne se souvenait pas du naufrage du Calypso, peut-être était-ce mieux ainsi ?

    Le navire s'approchait assez rapidement de la côte, poussé par les vents pour le moment favorables. Le grand Océan était agité, le ciel couvert, mais les marins étaient confiants : ils seraient arrivés avant la tempête. Pauvres choses. Le courant les avait déviés de leur trajectoire, et les vagues redoublaient d'intensité. Une sorte de brume épaisse était apparue, plongeant le Calypso dans une semi-obscurité guère rassurante.
    Puis les éléments se déchaînèrent, entraînant le fier trois-mât vers sa perte. Le Calypso n'en était pas à sa première tempête, mais, dans le brouillard épais que le vent n'arrivait pas à disperser et la pluie, il fut impossible aux marins de voir la côte et ses rochers dont le navire se rapprochait dangereusement. Les vagues précipitèrent le Calypso contre les écueils. Le fracas alerta l'équipage, mais il était trop tard. Les lames se succédaient, brisant la coque du navire. Des marins furent emportés, malmenés par la mer, frappés contre les rochers jusqu'à ce que mort s'ensuive. Les mâts s'écrasèrent sur le pont ou dans la mer.

    Dans ce chaos, Anwenn fut à son tour emportée à la mer par les vagues. Mais, une fois de plus, la tempête du reconnaître sa fille, et la mer déchaînée la jeta sur un rocher plus gros que les autres. La pirate s'y agrippa et put distinguer à travers le brouillard qui s'amincissait une sorte de plage à quelques mètres de l'endroit où elle se trouvait. Rassemblant tout son courage ainsi que toute son inconscience, elle replongea dans l'eau tourmentée, priant pour s'en sortir vivante.
    Ballotée dans tous les sens, luttant avec acharnement contre la folie des flots, elle parvint enfin en vue de la plage. Tout n'était pas perdu, elle avait réussi à survivre jusque là et son salut était proche. Elle souriait d'avance quand une vague la percuta de plein fouet, la cognant contre un petit amas de rochers. Anwenn reprit sa respiration, mais une deuxième vague la plongea sous l'eau. De nouveau, la pirate leva la tête pour respirer et, de nouveau, une troisième vague vint la jeter contre les durs rochers. Sa tête heurta la pierre, et tout devint trouble autour d'elle. Avant d'avoir pu s'extraire de cette situation inconfortable, les ténèbres l'engloutirent.

    Et la voilà qui marchait tristement, le corps couvert d'hématomes et de coupures plus ou moins profondes. Elle avait du déchirer sa chemise blanche pour bander ses blessures, si bien qu'elle ne portait plus qu'un corset en cuir. Elle n'avait pas osé se servir de son bandeau rouge, qui signifiait bien trop de choses pour elle. La plupart des villages qu'elle traversait étaient peuplés de bonnes gens qui la prenaient en pitié et lui offrait une maigre, mais agréable, pitance. Ils semblaient heureux, ne manquaient de rien, et Anwenn fut bien heureuse d'être tombée sur ce Royaume si prospère.
    Son errance dura des mois qui lui semblèrent des années, et, un jour, elle tomba sur la chose la plus étrange qui lui ait été donnée d'admirer. Un mur, un mur de pierres toutes empilées à la perfection. Que c'est étrange, ce mur au milieu de nulle part. Elle laissa son regard errer sur les pierres grises, lorsqu'elle croisa celui d'une bête effrayante. Surprise et apeurée par cette créature, elle recula instinctivement, se pinçant pour s'assurer qu'elle ne rêvait pas. Mais non, elle était bien là, posée sur ses quatre pattes, ses yeux rougeoyants fixés sur Anwenn, un sourire moqueur aux lèvres.

    « Que...Qui êtes-vous ? »

    le sourire de la bête s'élargit.

    « Que de méfiance dans votre voix, jeune demoiselle. Vous n'avez pas à me craindre... »

    La créature s'avança de quelques pas, tout en parlant d'une voix mielleuse.

    « Je suis le Gardien de la porte d'Arkados. Allons, approchez, n'ayez pas peur. »

    Anwenn, d'habitude si intrépide resta immobile. Quelque chose sonnait faux dans l'expression de ce Gardien. Elle inspecta rapidement le mur, aucune porte.

    « Je ne vois aucune porte ici. Essaierez-vous de me berner ? »

    « Allons, jeune fille, ne dites pas de bêtises. Si vous ne voyez aucune porte, c'est tout simplement que nous ne sommes pas au bon endroit... »

    C'était fort possible en effet. Elle réfléchit un instant, si elle franchissait ces portes, personne ne la retrouverait jamais. Elle pourrait refaire sa vie comme elle avait toujours souhaité le faire. Le Gardien l'observait, toujours le sourire aux lèvres mais avec une sorte d'impatience dans le regard. Anwenn fit un pas en avant.

    « Bien, je vous suis. Montrez-moi cette porte. »

    « Très bonne décision. Vous verrez, Arkados est un endroit magnifique, où il fait bon vivre. Les Roi et Reine sont très bons envers leurs sujets, vous vous plairez en Telmàriën, j'en suis persuadé. »

    Tandis qu'il vantait les mérites du la capitale, ils approchèrent de deux immenses portes gravées de runes étranges. Toujours aussi amical, le Gardien lui ouvrit les Portes d'Arkados. Il la poussa à moitié à franchir le Mur, l'abreuvant de paroles doucereuses. Anwenn, fascinée par ce nouveau territoire s'avança doucement.

    « Soyez la bienvenue en Arkados. Prenez garde à bien garder votre tête sur les épaules, Damoiselle. Car vous risquez de ne pas en revenir. »


    « Comment ?! » Mais il était trop tard, son impatience l'avait fait avancer sans attendre d'en savoir plus sur ce Royaume. Les portes se refermèrent avec fracas, et le rire du Gardien s'éleva de l'autre côté du Mur. De rage, Anwenn frappa les pierres du Mur, écorchant jusqu'au sang son poing serré.


    Son premier réflexe fut de chercher la mer, et c'est sans grande conviction qu'elle commença à marcher dans les terres de la capitale. Des hommes et des femmes lui parlèent d'un homme, un homme qui a lui seul boulversa l'univers de ce monde dont elle ne connaissait encore que si peu de chose... Ergas-Malastès. C'est ainsi que tous le nommait à mi-mots.
    Désireuse de faire de son lieux, et sans doute en quête d'une certaine rédemption, Anwenn décida d'allier son savoir du sabres aux Exilateurs afin que plus jamais les gens n'aient à craindre un tyran... étrange ironie de la part de celle qui dirigea d'un caractère trempé un navire qui aujourd’hui n'est plus qu'un vaste souvenir...


    Caractère Général : Aventurière dans l'âme, Anwenn ne refusera jamais de partir en mer lors d'une tempête ou de s'aventurer jusqu'au Kraken. Elle n'a pas peur de la mort, ayant survécu plus d'une fois là où elle pensait mourir. Elle en vient même à penser qu'elle ne pourrait pas mourir, ce qui est tout à fait faux puisqu'elle est aussi mortelle que vous et moi. Pour elle, la vie est une suite constante de péripéties. Jeune femme au caractère changeant et insaisissable, elle se fiche des sentiments des autres et de leurs avis. « Qui m'aime me suive » pourrait résumer cet aspect de sa personnalité. Autoritaire, elle préfère ordonner qu'obéir, mais ce n'est pas pour autant qu'elle n'exécutera pas les ordres, surtout si cela lui permet d'attendre son but. C'est une jeune femme au caractère déterminé, obstiné, qui ne lâchera jamais une affaire. Plus que tout, elle déteste avoir tort et cherchera toujours à contredire celui qui essaiera de lui prouver qu'elle a tort. Elle aime se battre, elle aime piller, mais ce n'est pas un monstre. Elle sait se montrer clémente envers ses victimes, mais pas envers ses ennemis. Elle évite la compagnie de ceux qu'elle juge trop gentils pour être de vrais pirates, elle méprise la noblesse.

    Physique Général :Pas très grande, mesurant approximativement 1m 60, Anwenn est plutôt un joli brin de femme. Ses longs cheveux de jais épais et bouclés hérités de sa mère, encadrent presque à la manière d'une crinière son visage pâle. Sous l'air farouche et déterminé de ses grands yeux noirs couve une certaine tristesse, dont l'éclat est atténué par sa volonté d'enfermer ses sentiments. Les traits de son visage sont constamment crispés dans une expression sévère et peu engageante. On ne peut pas dire qu'elle soit vraiment musclée, mais, étant Pirate, elle peut tout de même résister aux longs efforts. Elle ne privilégie pas le force, préférant l'agilité et l'efficacité d'une dague bien lancée, bien qu'elle sache manier le sabre. Anwenn a des formes que la plupart des hommes qualifieraient d'intéressantes, à défaut d'être vraiment attirante. Chose étrange, la jeune femme a une peau blanche malgré sa vie passée sur les navires en pleine mer et exposée au soleil. Une cicatrice blanchâtre court le long de son épaule gauche, vestige d'une tempête. Anwenn n'est pas vraiment coquette, mais elle aime se parer de bijoux exotiques, faits de perles, d'os ou de dents, de plumes et de turquoise. La jeune Pirate porte en permanence un bandeau rouge qu'elle noue autour de son front.
    Signe Particulier :Aucun
    Style vestimentaire : Le style vestimentaire de la jeune femme oscille entre celui de la pirate et celui de la bohémienne
    Taille :1, 92m
    Poids : 90 Kg
    Images : Avatar


    Arme en sa possession :Sabre courbe
    Armure en sa possession : Corset de cuir
    Animaux de compagnie :Aucun


    Point de vie et points de magie:
    Point de vie:
    20
    Points de magie:
    20

    En inscrivant oui ici vous vous engagez à respecter le règlement: oui



    ~¤ ET VOUS? ¤~


    Sexe (facultatif): Féminin
    Qui êtes vous? (facultatif)Salderic
    Quelles sont vos disponibilités: Humm... entre les cours!
    Comment avez-vous connu le Forum ? (facultatif) :En rencontrant une certaine Nalween sur un autre forum ^^
    Nom de l'artiste qui a réalisé votre avatar.: Yang qi



Dernière édition par Anwenn Sklerijenn le Jeu 14 Oct - 14:14, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Anwenn Sklerijenn   Lun 11 Oct - 14:42
Voilà!! Ma fiche est terminée!
Humm *attend avec impatience les commentaires de l'administration de ce nouveau monde*
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MessageSujet: Re: Anwenn Sklerijenn   Lun 11 Oct - 14:51
Attelons-nous donc à la lecture de cette fiche tant attendue ! smile

Alors, déjà, je n'ai rien à dire au niveau du RP lui-même ^^ C'est fluide, agréable à lire, tout est parfait de ce côté-là. J'aime particulièrement le passage de la tempête !
* Une petite faute de frappe dans le caractère, tu as écrit "attendre son but" n__n
L'histoire est très intéressante, et je ne peux qu'accueillir à bras ouverts une amoureuse de la mer qui est née et a grandi dessus ... Tu devrais essayer de rencontrer Ahrazad, je suis sûre que vous vous entendriez bien... (ou pas...)

Donc... je valide!

Pour obtenir une arme plus sophistiquée, tu peux essayer de rencontrer la reine Ashtaar par RP, en tant qu'exilateur, tu as droit à quelques privilèges ! Hihi

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MessageSujet: Re: Anwenn Sklerijenn   Lun 11 Oct - 14:56
Voici le lien de votre inventaire que vous pouvez mettre en lien dans votre signature si vous le désirez.
Comme ceci... (copier/coller l'adresse)
http://gharendar.rpgwars.org/inventaires-f53/inventaire-d-anwenn-sklerijenn-t540.htm#5467

...Ou comme ceci smile
Inventaire
Code:
[url=http://gharendar.rpgwars.org/inventaires-f53/inventaire-d-anwenn-sklerijenn-t540.htm#5467]Inventaire[/url]

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Ne pas m'envoyer de MP, merci
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MessageSujet: Re: Anwenn Sklerijenn   Lun 11 Oct - 15:19
D'accord, j'essaierai d'aller la rencontrer *quel honneur!!*
Whoo! Un inventaire! Merci tout puissant maître du jeu!
Merci de votre accueil!
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MessageSujet: Re: Anwenn Sklerijenn   Lun 11 Oct - 15:23
Bienvenu sur Mythologia, Anwenn! voici une très bonne fiche agréable à lire ♥
Passe un bon moment parmi nous!

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Shahenn Farzam



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MessageSujet: Re: Anwenn Sklerijenn   Lun 11 Oct - 15:27
Bienvenue sur Mythologia Anwenn! X__x Oh... Une... pirate...
Au plaisir de te rencontrer par RP (ouii... mais pas touche à ma bourse sioupléé!)
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MessageSujet: Re: Anwenn Sklerijenn   Lun 11 Oct - 15:32
Bienvenue sur Mythologia ! smile
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Anwenn Sklerijenn



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MessageSujet: Re: Anwenn Sklerijenn   Lun 11 Oct - 15:48
Merci à vous trois!
J'espère aussi qu'on se retrouvera sur le forum (mais noon... je ne toucherai pas à ta bourse Shahenn, ce n'est pas mon genre... *lorgne tout de même sur la bourse*)
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Dashell Balaster



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MessageSujet: Re: Anwenn Sklerijenn   Lun 11 Oct - 15:51
Et coucou! bienvenue sur Mythologia, prends bien garde à toi, certains habitants de ce monde ne sont pas fréquentables par mesure de sécurité... *jette un oeil aux voleurs et pirates du forum*
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Astral Rociel



Une plante est inoffensive? Laissez-moi vous prouver le contraire...


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MessageSujet: Re: Anwenn Sklerijenn   Lun 11 Oct - 19:26
[--'] La ... longueur ... est ... ahurissante... - pars se cacher dans un coin en attendant de trouver la motivation ... -

BIENVENUUUE!!!
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Alain Erouta



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MessageSujet: Re: Anwenn Sklerijenn   Lun 11 Oct - 21:49
BIENVENUE

Ishtar Hel'Owen surveille bien les coffres car là je le sent mal....

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Attention Invité, un paladin est toujours plein de ressources
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Ishtar Hel'Owen



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MessageSujet: Re: Anwenn Sklerijenn   Lun 11 Oct - 22:16
Hmmm... je sens que tu as raison... étrangement, je le sens mal ce coup là ... Mmmmh...

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Anwenn Sklerijenn



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MessageSujet: Re: Anwenn Sklerijenn   Mar 12 Oct - 18:49
Mais non, je vais laisser vos bourses tranquilles... c'est promis ! *Même si c'est tentant d'y toucher... *
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